Reportages

Forestiers-Sapeurs : sentinelles de la forêt méditerranéenne, les forestiers-sapeurs

Tous les ans, les beaux jours marquent inéluctablement la saison des incendies. A ce moment là on parle beaucoup des pompiers, de leur action, des risques qu’ils encourent et du tribut qu’ils payent régulièrement dans leur lutte contre le feu. Il est juste que l’on parle de ces hommes sans lesquels les forêts du sud ne seraient plus que poussière et troncs carbonisés. Il est regrettable par contre que l’on ne parle quasiment jamais de ceux qui sont là pour prévenir les incendies, de ces hommes "de l’ombre" qui oeuvrent patiemment au sein des espaces naturels. Nous voulons parler, bien sûr, des forestiers-sapeurs, les "jaunes" comme on les appelle, puisqu’ils circulent toujours dans des véhicules de couleur jaune……

forestiers sapeurs

 

Prévoir mais aussi entretenir

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Mais le travail des forestiers ne s’arrête pas au déboisement. Les axes d’interventions sont de plusieurs types : dans le cadre des travaux de création et d’entretien, les forestiers sapeurs doivent créer des LICAGIF (lignes de combat préparées à l’avance contre les grands incendies de forêts), tracer ou entretenir des pistes forestières, installer et alimenter des réserves d’eau, mettre en place des zones d’atterrissage pour les hélicoptères et des zones refuges dites "de confinement" pour la mises en sécurité des personnes. Ils vont aussi créer et entretenir des "coulées vertes" grâce à de véritables barrières naturelles où l’on va planter diverses essences destinées à ralentir la progression des incendies. Les forestiers ne manquent pas d'imagination dans la prévention des incendies. Ils mettent en place une palette étendue d'outils pour répondre à chaque problématique. Pour entretenir les pare-feu au moindre coût, ils ont combiné diverses solutions : agropastoralisme (avec des troupeaux de moutons ou de chèvres), viticulture, oliveraies. Les variations d'exposition, l'hétérogénéité et les différences de profondeur de sol font qu'il est impossible de traiter l'ensemble du réseau pare-feu avec la seule solution de l’agropastoralisme. Les forestiers ont donc eu recours à un "patchwork". Sur les zones les plus riches : priorité aux troupeaux ; sur les zones à sol plus profond : des vignes en terrasse, exposées plein sud, propices à une production de cépages de qualité destinés à l'élaboration d'excellents vins (et Dieu sait que dans le sud, le vin est une référence de qualité, surtout lorsqu’il s’agit de certains rosés de Provence !). A d’autres endroits, comme en Corse notamment, on organise un engazonnement en trèfle souterrain permettant d'améliorer l'efficacité et l'aspect paysager (aspect plus verdoyant) du réseau DFCI. Cette opération consiste à introduire une espèce de trèfle souterrain, le Trifolium Subterraneum, présent à l'état naturel en Corse et susceptible de se développer sur les coupures stratégiques. A terme, ces "coulées vertes" devraient contribuer à la baisse très nette (déjà amorcée dans le Cap-Corse) du nombre de mises à feu. Hélas, ce Trifolium Subterraneum n’est pas présent partout sur le continent et, dans ce cas, il faut avoir recours à d’autres procédés, comme l’agropastoralisme, par exemple, pour maintenir le défrichement des lignes de coupe-feux.

 

Une organisation très pointue

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Pendant les 3 mois à haut risque, les forestiers-sapeurs vont avoir plutôt un travail de surveillance et d’intervention. Ils assurent ainsi la mise en place de points de guet et des patrouilles de surveillance qui permettent d’améliorer l’alerte et de raccourcir les délais d’intervention sur tout départ de feu. Dans la lutte contre les incendies, la rapidité est le facteur clé. Il s’agit parfois d’une "simple" question de minutes, voire de secondes. "En fait, tout se joue dans le délai d'intervention" estime Philippe Lamine, le sous-directeur des forestiers sapeurs des Bouchesdu- Rhône. "En quelques années, ce délai est passé de huit ou neuf minutes à six ou sept. On arrive ainsi à stopper un peu plus de 75 % de départs d’incendie". Jean Carlotti, responsable du secteur de Ciamannacce, en Corse, tient sensiblement le même discours : « En Corse, et surtout dans notre secteur où le relief particulièrement escarpé rend l’accès malaisé, notre temps d’intervention n’est pas aussi court, hélas, mais il s’est déjà considérablement raccourci au cours de ces dernières années. Malgré la configuration du terrain, sur 60% des cas les forestiers interviennent les premiers et parfois leur action est décisive". Pourtant les médias ne parlent jamais de leur rôle. En général, les chaînes télévisées préfèrent plutôt parler des pompiers et des incendies qu’ils doivent combattre. Il est vrai que les images de forêts dévorées par les flammes sont beaucoup plus spectaculaires, sur le plan médiatique, qu’un départ de feu étouffé "dans l’oeuf" par une petite patrouille. En attendant, c’est grâce au travail des forestierssapeurs que notre espace forestier n’est pas plus atteint chaque année. Et c’est aussi grâce à eux, si l’on peut dire, que les pompiers ne payent pas chaque année un plus lourd tribu dans leur lutte contre le feu, même si ces derniers ont parfois tendance à dire que les forestiers sapeurs leur font concurrence !
 

Toujours sur le qui-vive

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Mais au fait, pourquoi les forestiers-sapeurs interviennent-ils plus rapidement que les pompiers ? En fait, leur rapidité d’action est liée à deux paramètres d’une importance capitale : une excellente connaissance du terrain, (puisqu’ils travaillent dans la forêt toute l’année) et un quadrillage systématique du territoire que même les pompiers ne peuvent pas assurer. En période estivale, les 178 forestiers-sapeurs des Bouches-du-Rhône sont mobilisés 7 jours sur 7 pour la surveillance des 23 massifs du département.

Ils sont répartis sur une quarantaine de patrouilles, composée chacune de deux forestiers et d'un VSI (véhicule spécial d'intervention) disposant d'une réserve d'eau de 600 litres Chaque patrouille est affectée à un îlot de 1 500 à 3 000 hectares.


 

 

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Dans les Bouches-du-Rhône, ces patrouilles sont assujetties à 31 vigies qui ont une parfaite vue d’ensemble de tous les massifs et peuvent ainsi déclencher très rapidement l’alerte dès qu’une fumée suspecte apparaît quelque part. Statistiquement parlant, les feux se déclenchent le plus souvent entre 14 et 17 heures. Il n’empêche que les patrouilles circulent tous les jours entre 11 heures et 19 heures pour assurer une meilleure réactivité en cas de besoin. De leur côté, les pompiers sont répartis à des carrefours stratégiques afin d'intervenir n'importe où dans les plus brefs délais. Selon l’emplacement d’un départ de feux, ce sont les véhicules (ou les patrouilles) les mieux placées qui interviennent.En réalité, c’est l’action coordonnée des uns et des autres qui évite à la Provence et à diverses régions du sud de la France de devenir un no man’s land de cendre et de poussière. Comme on l’ignore trop souvent, les forestiers participent vraiment et activement à la lutte contre les incendies et ce, en parfaite coordination avec les sapeurs pompiers et les autres acteurs impliqués dans la lutte contre le feu. D’ailleurs, pour faciliter la lutte contre le feu et éviter des reprises, le service des forestiers sapeurs, met à disposition des pompiers, sur les lieux des incendies, du personnel et des engins équipés de broyeurs pour nettoyer et sécuriser des zones de repli et des zones coupe feu. Réhabilitation et sensibilisation Après un incendie, les forestiers-sapeurs vont entamer un long et patient travail de réhabilitation. Dans la plupart des cas, hélas, il s’agit de chantiers très onéreux et souvent complexes, surtout dans les secteurs où le relief est particulièrement escarpé. La priorité concerne avant tout la mise en sécurité des voies publiques et des maisons et, si nécessaire, l'abattage des arbres brûlés. Contre les éboulements, des fascines sont installées : des troncs morts placés en travers de la pente retiennent la terre et permettent à la végétation de repartir. Nettoyer un hectare de forêt revient entre 2000 et 2700 € suivant l’état et la configuration du terrain. "A moins qu’ils ne représentent un danger réel, il n’est pas interdit de laisser des troncs calcinés mais compte tenu du traumatisme visuel que ce spectacle de désolation engendre inévitablement, dans l’absolu on devrait toujours replanter" nous explique Patrick Carlotti. Mais pour replanter un hectare il faut compter entre 5 et 6000 €. Compte tenu que les moyens financiers ne sont pas toujours à la hauteur des espérances, certaines forêts restent encore des landes désolées où ne pousse plus que le maquis. Cela dit, certains acteurs de la forêt sont partisans de laisser le milieu se reconstituer. Ce qui n’empêche pas de rendre le terrain moins sensible aux incendies, grâce aux LIGAGIF, bien sûr, mais aussi en créant de petites zones agricoles qui deviendraient en fait de véritables barrages naturels. C’est du moins ce qui se pratique sur le continent, dans les grandes plaines côtières mais en Corse c’est beaucoup moins évident en raison du relief montagneux.

Véritables "sentinelles de la forêt", les forestiers-sapeurs patrouillent tous les jours pour surveiller et sensibiliser les usagers au risque d’incendie. Ici, il convient de faire un point spécial sur le travail de formation et sensibilisation du public et des divers usagers de la nature. De par leur présence, ils contribuent activement au respect de la réglementation relative à la circulation en forêt et de ce fait, ils limitent sérieusement les risques accidentels ou… volontaires !

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